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vision de l'europe |
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En mai 1958, alors que l’un de ses anciens collaborateurs, de retour d’Algérie, vient lui vanter l’importance du retour du général de Gaulle, Robert Schuman répond :
- Vous vous réjouissez de ce retour ? Et bien vous allez voir…
- Mais enfin monsieur le Président, que voulez-vous dire ? Je ne vous comprends pas. Le général de Gaulle est une grande personnalité. Qui d’autre que lui pourrait sauver l’Algérie ?
- Une grande personnalité, pour cela vous avez raison. C’est même une très grande personnalité. Il a des qualités exceptionnelles. Malheureusement, cela ne peut réussir.
- Mais pourquoi ?
- Le général de Gaulle est un homme qui n’a pas confiance, il ne fait pas confiance à l’homme.
La confiance – parce qu’elle engendre la confiance – est par opposition à ce qu’il appelle le pessimisme systématique de ses adversaires, un des points essentiels de l’éthique de Robert Schuman ; susceptible de s’analyser, en une confiance dans la providence qui conduit les peuples, elle fait partie intégrante de sa foi dans la démocratie, elle inspire toute sa conception du monde et des rapport entre les individus et les nations, se fondant ici sur la bonne foi supposée de l’interlocuteur et là sur le bon sens des peuples enfin persuadés que leur salut réside dans une entente et une coopération solidement organisées entre eux. Rochefort p.347
Ainsi le ministre Schuman fait-il courageusement confiance à l’Allemagne dès le lendemain de la guerre en proposant ce que le général de Gaulle appelait avec dérision un méli-mélo de charbon et d’acier. Mais en proposant ce plan de partage des ressources, le ministre des affaires étrangères voulait lutter contre les idées de morcellement de l’Allemagne pour l’accueillir comme un allié fort. Oubliant l’idée d’un système d’équilibre des forces, il préfère parler d’une véritable communauté dépassant la simple coalition ou entente. Il dit en 1960 devant le congrès national du MRP :
| photo du président du parlement européen |
Lorsqu’il y a dix ans nous avons pris le risque, par un revirement sans précédent des conceptions politiques anciennes, de proposer à l’Allemagne vaincue de coopérer sur un pied d’égalité à une politique nouvelle basée sur la solidarité des intérêts, nous ne pensions, nous ne voulions le faire que dans un cadre plus large, celui de l’Europe. Rochefort p.349
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Au sujet des différends entre Robert Schuman et le général de Gaulle, Edmond Michelet écrira :
| photo du président du parlement européen |
Je pense, je suis sûr qu’il est mort rassuré. Il aura pu constater, comme je m’étais efforcé de lui démontrer, que ses craintes étaient vaines. Dans un style différent du sien, bien sûr, le général de Gaulle a consolidé son œuvre et d’une façon que n’auraient pas osé prévoir même les plus optimistes. |
par C.K.
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